samedi 14 mars 2026

quelques pistes pour mettre en place une grammaire relationnelle opérationnelle

Étape 1 — Lister les possibles

Repérer tout ce qui, dans la classe, peut servir de support pour dire/écrire. (webradio, journal de classe, correspondance...)

Étape 2 — Recueillir les propositions

Installer un temps régulier où les élèves proposent des projets, avec participation obligatoire de tous.

Étape 3 — Clarifier le mode de publication

Savoir dès le départ où le texte sera publié pour donner intention et destinataire.

Étape 4 — Tenir le journal et coder la fiche

Écrire, relire, ajuster ensemble, puis coder la fiche pour garder trace des outils utilisés.



La grammaire relationnelle

 

La grammaire relationnelle peut se penser en trois niveaux : le niveau textuel (le sens, la situation, l’intention), le niveau phrastique (les relations entre mots dans la phrase), et le niveau groupal (les blocs de mots et leurs variations).
Dans une séance, ces niveaux ne sont pas des étapes successives, mais des points de vue que l’on active selon le besoin.
On peut partir du texte pour faire émerger les relations, puis affiner sur les formes.
C’est cette circulation qui permet une grammaire vivante, située, et accessible.

Attention : les trois niveaux ne sont pas des étapes successives

Les niveaux textuel, phrastique et groupal ne s’enchaînent pas comme des étapes d’une progression linéaire.

Ils co‑existent, interagissent et se nourrissent mutuellement.

Même si, pour des raisons didactiques, un moment collectif peut se concentrer sur un niveau (par exemple la phrase), les deux autres niveaux restent actifs en arrière‑plan :

  • le niveau textuel continue de donner le sens, la situation, l’intention

  • le niveau phrastique organise les relations entre les mots

  • le niveau groupal porte les formes, les accords, les variations

L’enseignant circule entre ces niveaux selon les besoins, les surgissements, les obstacles rencontrés par les élèves.

C’est cette circulation souple et réactive qui fait la force d’une grammaire relationnelle vivante.



vendredi 13 mars 2026

Les pourquoi que personne ne dit à voix haute

Pourquoi Emy n’est pas déléguée
Pourquoi Rayane pleure si souvent
Pourquoi Max suit sans participer
Pourquoi Marie crie sur les élèves
Pourquoi il est en échec
Pourquoi mettre en échec
Pourquoi certains enfants sont toujours au fond
Pourquoi d’autres sont toujours mis en avant
Pourquoi on parle d’eux sans les écouter
Pourquoi on les aide sans les comprendre
Pourquoi ils deviennent des dossiers avant d’être des élèves
Pourquoi ils apprennent qu’ils dérangent
Pourquoi ils apprennent qu’ils ne seront jamais choisis
Pourquoi ils finissent par y croire

Pourquoi?


"j'ai presque fini le programme"

 

Au mois de mai, l’école bruisse d’une étrange agitation : les arbres fleurissent, les élèves rêvent, les adultes comptent les semaines. Et soudain revient cette phrase, toujours la même, toujours un peu absurde :
« J’ai presque fini le programme. »

Comme si l’essentiel se jouait là.
Comme si l’année scolaire était une course d’endurance où l’on coche des cases jusqu’à l’épuisement.
Comme si apprendre consistait à traverser un territoire balisé plutôt qu’à habiter un espace commun.

Or, finir un programme n’a jamais fait apprendre personne.
Parce que l’école n’est pas un tunnel de contenus : c’est un échange permanent, un travail collectif, un processus socialisant où les élèves se transforment ensemble.

Ce qui compte vraiment, ce qui fait une année, ce sont ces compétences qui ne se mesurent pas individuellement, qui ne rentrent dans aucune grille, mais qui irriguent tout :

  • Apprendre à prendre de vraies décisions, pas seulement choisir la bonne réponse.

  • Argumenter, douter, vérifier, pas réciter.

  • Développer une culture générale vivante, nourrie de curiosité et de sources multiples.

  • Explorer des formes d’expression variées, parce que le monde ne parle pas qu’en phrases.

  • Utiliser l’écrit et l’oral pour agir, pas pour remplir des lignes.

  • Lire pour comprendre, chercher, rêver, pas pour réussir un QCM.

  • Décrire le monde avec le langage mathématique, pas seulement appliquer des procédures.

Ces compétences-là ne se « finissent » pas.
Elles se cultivent, se partagent, se renforcent dans la dynamique du groupe.
Elles émergent dans les discussions, les projets, les conflits, les tâtonnements, les réussites collectives.

Alors oui, en mai, on peut dire :
« Le programme est presque bouclé, l’année peut enfin commencer. »
Parce que c’est précisément quand la pression retombe, quand les cases sont cochées, que l’on peut enfin revenir à ce qui fait l’école :
apprendre ensemble à devenir plus humains, plus lucides, plus capables.


jeudi 12 mars 2026

Mon livre

Pour une école qui respire...enfin, est le titre de mon livre qu'on peut trouver pour l'instant sur The Book Edition. Il ne reprend pas les articles du blog et s'ancre plus dans une poésie de plus en plus pragmatique. 

Lien:


Insolente révolution


Il y a un moment, juste après l’entrée, où la classe commence à se disposer d’elle‑même. Rien de spectaculaire : quelques gestes, des appuis discrets, une manière de poser les objets et les attentes comme on poserait des pierres plates pour traverser un ruisseau. Ce n’est pas une méthode, encore moins un protocole. C’est une manière d’habiter l’espace avec les enfants, de leur offrir des prises pour qu’ils puissent, eux, se mettre en mouvement.

On croit souvent que les « troubles du comportement » surgissent de l’enfant comme une tempête intérieure. Mais bien souvent, ce sont des trous dans l’environnement : un manque de lisibilité, un manque de rythme, un manque d’appuis. L’enfant ne « déborde » pas ; il cherche où s’accrocher. Et quand rien ne tient, il invente, parfois bruyamment, une manière de tenir debout.

Ce que je mets en place dans la classe n’a rien d’une pédagogie « alternative » au sens où on l’entend souvent, comme un supplément d’âme ou un petit vernis d’innovation. C’est plus profond, plus radical, presque tectonique. Cela déplace les plaques. Cela oblige à revoir ce qu’on croyait immuable : la manière dont un enfant entre dans le travail, la manière dont un adulte soutient sans envahir, la manière dont un espace devient un partenaire plutôt qu’un décor.

Et cette transformation n’est pas douce. Elle est parfois insolente, pas pour les enfants, mais pour les représentations. Elle heurte ce que l’école a longtemps tenu pour évident : que l’enfant doit s’adapter au cadre, que le calme se décrète, que le comportement se corrige. Or tout cela se renverse dès qu’on regarde autrement.

Les « troubles du comportement » ne sont pas des tempêtes intérieures à dompter. Ce sont souvent des trous dans l’environnement, des manques d’appuis, des zones floues où l’enfant ne sait plus comment exister. Quand l’espace est lisible, quand les gestes de l’adulte sont cohérents, quand le rythme est respirable, beaucoup de ces « troubles » s’évaporent. Non pas parce qu’on a « réglé » l’enfant, mais parce qu’on a réparé le monde autour de lui.

Ce que je fais n’est pas une méthode.
C’est une révolution silencieuse.

Une révolution qui ne s’affiche pas, qui ne se vend pas, qui ne se brandit pas.
Une révolution qui se joue dans la manière de poser une chaise, de formuler une consigne, de laisser un enfant recommencer sans honte.
Une révolution qui transforme l’adulte autant que l’enfant.

Et c’est peut-être cela qui dérange le plus :
quand l’environnement change, l’adulte doit changer aussi.
Il doit renoncer à la toute‑puissance, à la maîtrise totale, à l’illusion du contrôle.
Il doit accepter d’être un appui, pas un centre.

C’est là que réside la violence : dans le déplacement des rôles, dans la déconstruction des réflexes, dans la remise en cause de ce qui semblait aller de soi.

Mais c’est aussi là que réside la joie.
Parce que quand l’environnement tient, l’enfant tient.
Quand l’adulte cesse de contraindre, l’enfant commence à exister.
Et quand la classe devient un organisme vivant, chacun y trouve sa place.




Après l'accueil


Puis… de l’accueil naît une jeune pousse.

Une pousse fragile, encore hésitante, mais déjà inscrite dans la vie du groupe, dans la vie de chacun·e, dans la vie tout court.
Cette pousse deviendra peut-être une fleur, peut-être un arbre, peut-être seulement un frémissement dans le vent.
Mais elle aura été, et cela suffit pour transformer la réalité.

Alors, on ne mesure plus le travail de l’élève.
On mesure la capacité du groupe à protéger cette pousse, à lui faire place, à lui offrir lumière et appuis.
La compétence n’est plus un attribut individuel : elle devient un mouvement partagé, une responsabilité commune, un sol fertile où chacun·e peut prendre racine.

De cette jeune pousse naît peu à peu un jardin.
Un jardin que personne ne possède, mais que chacun·e entretient.
Un jardin où les compétences ne s’additionnent pas : elles se pollinisent.
On n’y évalue plus l’élève, mais la manière dont le groupe prend soin du vivant,
dont il crée les conditions pour que chaque plante trouve sa place, sa lumière, son rythme.

Autour de la première pousse, d’autres apparaissent.
Certaines timides, d’autres plus assurées.
Et peu à peu, sans qu’on puisse dire quand cela commence vraiment, un jardin se forme.
Un jardin que personne ne possède, mais que chacun·e contribue à faire vivre.
Un jardin où les gestes comptent plus que les résultats, où l’attention circule, où la lumière se partage.

Dans ce jardin, on ne cherche pas à comparer les plantes.
On observe comment elles cohabitent, comment elles se soutiennent, comment chacune trouve sa place sans prendre celle des autres. On n’évalue plus l’élève :
on regarde comment le jardin rend possible la croissance de chacun·e, comment le groupe devient le sol, l’eau, l’air, comment il crée les conditions du vivant.

mercredi 11 mars 2026

Entrée en classe


« Installez-vous, sortez vos affaires et on fait le rituel… »
Mais non, pas chez nous, pas ça.
Le matin, en arrivant, les élèves discutent, se posent, papotent et prennent leurs marques.
On explique, on raconte, on lit, parfois on demande — mais rien d’officiel, rien de rigide ou de programmé.
Lentement, des besoins d’apprentissage apparaissent :
« Maître, j’ai écrit une histoire drôle, tu veux la lire ? »
« Comment on joue à ce jeu ? »
« Je peux chercher un truc sur l’ordinateur ? »
« Je peux me dégourdir les jambes dans la cour ? »
Bref… l’importance capitale de ces moments tranquillement « installants » et vivifiants, d’une vie qui reprend ses droits.
C’est peut-être long, mais ça n’a pas d’importance.
On a le temps, l’espace.
Ce temps n’est pas rentable, mais indispensable, primordial.
Peut-être qu’il faut se détacher en s’attardant un petit peu, en se promenant symboliquement d’une branche à l’autre, d’une histoire à l’autre, d’une attention, d’un détail à l’autre…
Il en faut, de la confiance, de la patience et de la douceur, pour arriver à ce début.
Arriver à ce début, cette gare de toutes destinations, où chacun choisit son train intérieur.
Que fais‑tu des apprentissages ?
Rien. Je n’en peux rien faire.

Ils se font sûrement et tranquillement, à leur manière.

Ils se font parce qu’on garde ouvertes les portes de la présence aux choses, parce qu’on laisse entrer le monde — et c’est ainsi qu’ils prennent racine.
On programme quelques « moments du maître », juste ce qu’il faut pour offrir des appuis, construire ensemble, déconstruire et reconstruire. 
On programme aussi quelques moments coopératifs, ces précieuses respirations du groupe.

Et puis on s’approprie des questions, des délibérations, des doutes, tout ce qui fait grandir sans qu’on l’ait prévu.

La vie s’agence presque sans préparation, dans une harmonie qui ne suit aucune ligne droite.
Il y a des frottements, des élans, des rapprochements, des éloignements, et pourtant tout cela compose, se réajuste, se répond.


Manifeste


Manifeste pour l’école

Pour une pédagogie qui respire… et qui respire sans mobilier mental.

Une pédagogie qui s’allège, qui se déplie, qui se défait des évidences vissées au sol.
Une pédagogie qui ose la concomitance, la co‑création, la co‑opération, la relation.
Une pédagogie qui repart à zéro, qui oublie les bureaux, les chaises, les rangées, les postures figées. Au moins pour un temps.
Qui oublie “être assis”, “écouter”, “regarder”, “rester passifs”, comme si apprendre devait forcément ressembler à ça.

Une pédagogie qui se libère de la discipline‑meuble, de l’ordre‑meuble, de la rigueur‑meuble.
Qui enlève ces blocs lourds, jamais remis en question, jamais déplacés.
Qui retrouve l’espace, retrouve le temps, retrouve le mouvement.

Une pédagogie qui joue avec le vent, les matériaux, l’imagination, le rêve.
Qui laisse entrer le dehors.
Qui laisse advenir ce qui veut advenir.

Révolution, évolution…
ou juste une respiration plus profonde.
Mais une chose est sûre : on n’osera jamais assez.


Porte-folio

Chaque élève a deux porte-vues pour l'année. Des gros un de 60 vues et un de 120 vues. Il est nécessaire de distinguer outils fixes des traces d'apprentissage. Les outils fixes sont ce qu'on pourrait appeler des "leçons" même si ce terme reste terne dans le cadre de cette spécificité pédagogique.

Les traces d'apprentissage sont les documents, brouillons et pages de recherche-gribouillage qui seront conservées soit parce que l'élève souhaite les conserver, soit parce que l'enseignant.e le lui a conseillé. 

quelques pistes pour mettre en place une grammaire relationnelle opérationnelle

Étape 1 — Lister les possibles Repérer tout ce qui, dans la classe, peut servir de support pour dire/écrire. (webradio, journal de classe, ...